L'église
Notre Dame de Moret sur Loing possède une tribune et un
buffet d'orgue de style renaissance du plus haut intérêt,
hélas vide de tuyaux depuis 1840 (... jusqu'en 2000).
Une tradition locale en attribue la construction aux libéralités
de la Reine Blanche de Castille. Peut-être cette mention fait-elle
référence à un instrument qui aurait précédé
l'orgue actuel et qui aurait disparu; ni la tribune ni le buffet ne correspondent
à cette époque.
Les inscriptions des noms d'organistes ne remontent pas avant 1609, jusqu'à
un Julien de Lacourcelle qui, reprenant son service après
la révolution et prévoyant une ruine prochaine de l'instrument,
avait coutume de dire: "Après moi, l'orgue ne se fera plus entendre".
Il disait vrai. A sa mort, en 1832, l'orgue fut abandonné, puis
l'incurie et le vandalisme des ignorants consommèrent sa ruine.
En 1870, les tuyaux restants furent vendus.
La tribune est placée en encorbellement à l'entrée
de la nef. Un examen attentif de sa structure amène à penser
qu'elle n'est pas à son emplacement d'origine. On est probablement
en présence d'un ancien jubé déplacé et rétréci
afin de l'adapter à son emplacement actuel.
Effectivement, une mention est faite d'un jubé qui aurait été
construit à la fin du 15e siècle pour cette église
et aujourd'hui disparu.
Le buffet évoque nettement le style renaissance à son apogée
(1530 - 1540).
C'est l'un des plus anciens d'Ile-de-France.
Il est simplement posé sur le plancher de la tribune.
La disposition en est très élégante et la rigueur
du schéma de construction est adoucie par des claires-voies sculptées
et un couronnement orné d'une large frise peinte et surmontée
d'une belle moulure servant d'assise à 4 motifs sculptés
et ajourés qui coiffent chaque plate-face.
Aux angles inférieurs, des toupies en pendentif viennent contre-buter
de délicates consoles en S, sculptées et peintes, qui amortissent
l'encorbellement de la partie supérieure.
Il subsiste, sur chacun des deux montants extérieurs du buffet,
trois gonds destinés à supporter des volets aujourd'hui
disparus.
Le plafond de ce buffet est un remploi, soit de l'orgue du XVIe siècle,
soit d'un orgue plus ancien encore, qui aurait précédé
celui construit par Du Castel dans le buffet actuel : des
pièces gravées, des chapes et un faux sommier correspondant
à un Blockwerk
de VI, VIII et XIII rangs par note, témoin unique en Ile de France.
Seuls 4 tuyaux anciens subsistent en façade, et le plus grand révèle
une inscription gravée sur son écusson: "Cette orgue
a ésté faitte par moy françois Du Castel facteur
d'orgues natif d'Ableville ... en Lannee 1664 ..." Date facile à
mémoriser !
La lèvre inférieure fait mention d'un relevage par Alexandre
LAURENT en 1690.
Il
subsiste un important sommier, construit en deux parties au niveau du
bandeau qui ceinture la base de la partie haute du buffet. La laye s'ouvre
vers l'avant où des tampons à poignées sont assujettis
par des ferrures. Le bandeau actuel, mis en place lors d'une restauration
du buffet en 1969 en a interdit l'accès normal jusqu'à sa
récente restauration.
Le sommier est construit à gravures alternées, 49 gravures
pour le GO, 25 pour un récit et 18 pour une pédale. Les
six premières basses au centre et les suivants des extrémités
vers le centre.
Ce sommier supporte 15 jeux pour 18 registres - certains
sont coupés en basse et dessus - et sont rapportés dans
"l'inventaire des Orgues de la Seine-et-Marne et de l'Essonne" :
1 - Montre 8,
2 - Prestant 4,
3 - Bourdon 8,
4 - Cornet V de récit, (à partir de ut3),
5 - Flûte 4,
6 - Nasard,
7 - Tierce,
8 - Larigot,
9 - Flageolet,
10 - Doublette,
11 - Fourniture IV,
12 - Cymbale III,
13 - Trompette dessus, (coupure ut/ut#3),
14 - Trompette basse,
15 - Trompette pédale, (emprunt de la trompette basse),
16 - Cromorne,
17 - Voix humaine dessus (coupure ut/ut#3),
18 - Voix humaine basse.
Félix RAUGEL, dans "Les buffets d'orgues
de l'ancien département de Seine-et-Marne", avait noté
à partir des anciennes étiquettes, les jeux soulignés
dans la liste précédente auquel il y aurait lieu d'ajouter
une Flûte de 8 dont il n'est pas fait mention dans "l'inventaire
des Orgues ...".
Le buffet comportant 23 emplacements de tirants registres,
Félix RAUGEL note qu'un second clavier avec 8 jeux aurait été
ajouté. Parmi les jeux qu'il aurait comporté, il est parvenu
à déchiffrer sur les étiquettes les 6 suivants :
Bourdon
Flûte
Nasard
Flageolet
Larigot
Cromorne
Ce magnifique buffet est resté vide de tout tuyau jusqu'en 2001,
quand a été entreprise la reconstruction par Michel GIROUD
à partir des registres du sommier ancien qui a été
restauré et sur lequel il a retrouvé des tracés gravés
et des inscriptions donnant le diamètres des tuyaux. Ainsi il a
pu reconstituer les caractéristiques de la tuyauterie ancienne.
Composition actuelle de l'instrument :
Grand-Orgue
49 notes, Do1 à Do 5 |
Récit
25 notes, Do 3 à Do 5 |
Pédalier "à la française"
18 marches |
Montre 8
Prestant 4
Doublette 2
Bourdon 8
Flûte 4
Flageolet 1
Nasard 2 2/3
Tierce 1 3/5
Larigot 1 1/3
Fourniture IV
Cymbale III
Trompette (coupure ut/ut#)
Cromorne
Voix humaine (coupure ut/ut#) |
Cornet V |
Trompette (empruntée au GO) |
Tremblant doux
Tremblant fort
Le premier Ut# du clavier de GO donne le contre-La de la trompette.
Accouplement II/I à tiroir.
Diapason 392 Hz (en Si bémol) - Tempérament mésotonique
adouci (4 tierces pures). |

La République de Seine &
Marne
Article publié le 21 mai 2002
Après tant dannées (1987) de demandes, dinterventions,
d inscriptions au budget de la Culture, de rappels et nouveaux dossiers,
une interminable attente vient de prendre fin. Prévue pour la seconde
partie du mois de septembre 1997, la restauration de la tribune des orgues
de léglise Notre-Dame a subi quelques retards supplémentaires.
Quimporte, maintenant, depuis lautomne 2001, la restauration
est effective, ainsi que la reconstitution de lorgue.
Si lon en croit une tradition locale rapportée par labbé
Pougeois, l instrument était un don de la reine Blanche de
Castille, mère de Saint Louis.
Durant de très longues années, la famille Delacourcelle
(de père en fils) a veillé avec un soin pieux à sa
conservation.
Le dernier organiste de cette famille dont le nom sest éteint
en 1832 disait de son vivant : «après moi, lorgue sera
condamné au silence».
Ce fut même pire, puisque les tuyaux furent vendus en 1870. Il fallut
attendre 170 ans pour que linstrument - dont la tribune et le buffet
(1530) sont classés Monuments Historiques (11 avril 1907) - retrouve
vie.
Linstrument présente 15 jeux pour 1.038 tuyaux.
En 1990, lorgue et le buffet quittent Moret pour latelier
du facteur Giroud à Bernin (Isère), chargé de la
restauration.
La consolidation de la tribune a eu lieu en 1996-1997, puis la polychromie
fut réalisée en 2000.
Le buffet a repris sa place le 22 février 2000 précédant
le retour de linstrument dont la reconstruction sest terminée
au cours de lété 2001.
Linauguration aura lieu dimanche 26 mai à 16 h 30.
Bénédiction de linstrument par le père Joseph
Gilloots, vicaire général du diocèse de Meaux.
Réveil de lorgue par Pierre Farago.
Concert inaugural par Ricardo Miravet, titulaire des grandes orgues de
Saint-Germain lAuxerrois à Paris.
Les Morétains sont invités à participer.
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MAJ 20 octobre 2007
Cliché DGW "Orgues à nos logis"
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