Traité de l'Orgue de |
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Notre seconde Proposition
parle quelques fois des parties d'un grand Orgue et puis de celles d'un
petit. Celle-ci lui servira d'explication et suppléera tout ce
que l'on peut désirer en cette matière. Il faut premièrement se proposer la grandeur de l'Orgue et la multitude et grandeur de ses jeux pour savoir la grandeur de son sommier. Quand on veut faire un Orgue de huit pieds, tels que sont ordinairement ceux des églises où il n'y a qu'un buffet d'Orgue, on peut faire le sommier de cinq ou six pieds de long, suivant le jugement et la volonté du Facteur. Il y en a qui trouvent plus aisément la place de leurs jeux sur un sommier de quatre pieds que ne font les autres sur un sommier de cinq pieds. Je dis que le sommier des petits cabinets est ordinairement de deux pieds et demi ou de trois pieds. Quant à la largeur, on la déterminera suivant le nombre de jeux que l'on veut y mettre, comme s'il y avait quatre jeux dont le plus gros fut de deux pieds bouché et qu'on voulut laisser la place du clavier sur le même sommier, ce serait assez de lui donner quatorze pouces de large dont quatre pouces suffiraient pour placer le clavier, et le reste pour l'étendue des quatre jeux. Si l'on ajoutait encore quelques petits jeux, par exemple celui de la Cymbale et de la Régale, on ajouterait quatre pouces à la largeur afin que toute sa largeur fut d'un pied et demi. Les Orgues de quatre pieds bouché (bourdon de 8) ont ordinairement leur sommier de cinq pieds, ou tout au plus de six pieds de long. S'ils ont un Prestant en Montre, la chape de ce jeu doit être fort étroite parce qu'elle ne porte pas ses tuyaux mais seulement des porte-vents (postages) qui donnent le vent à la Montre. Si, outre ces deux jeux, on y met la Doublette de deux pieds, le Nazard d'environ trois pieds, le Flajollet d'un pied, la Fourniture à trois sur marche, la Trompette, le Cromhorne et la Voix Humaine avec un Cornet, il suffira de donner trois pieds ou environ au sommier. Quant aux Orgues de seize pieds, il faut remarquer qu'on leur fait ordinairement
deux sommiers à raison que la longueur d'un seul serait excessive.
Ils se donnent le vent l'un à l'autre par le moyen d'un porte-vent
de plomb assez gros qui va de l'un à l'autre. On les place aux
deux bouts de l'Orgue en sorte qu'il reste un espace au milieu afin de
trouver la place des plus longs tuyaux, ou une place de réserve
afin de pouvoir accorder plus librement les jeux de tous les côtés.
Sinon la longueur que requiert un tel instrument empêcherait que
l'on put dresser le bois aussi justement qu'il est nécessaire si
le sommier était d'une seule pièce. Je viens maintenant à la construction du sommier et, pour
ce sujet, je suppose que l'Orgue soit de quatre pieds bouché (avec
bourdon de 8) et de quatre pieds ouvert en Montre et que l'on y veuille
encore placer le Nazard, la Doublette, le Flageollet, la Fourniture à
trois tuyaux, la Cymbale à deux, la Trompette, le Cromhorne, la
Voix Humaine et le Cornet, c'est à dire onze jeux. Puisque le cuir est incisé de quatre pouces sur les rainures,
il s'ensuit que chaque soupape doit être environ d'un demi
pied de long afin qu'elle déborde un peu, c'est à dire qu'elle
surpasse le bout découvert de la rainure. Quant à sa largeur,
elle est d'autant meilleure qu'elle est plus grande afin qu'après
avoir couvert la rainure elle s'étende d'un côté et
d'autre quasi jusqu'à la moitié des barreaux qui font lesdites
rainures, comme l'on peut voir dans la troisième figure de la seconde
Proposition. Après toutes ces choses, on arrêtera le fond sur les deux pièces de bois qui sont aux deux bouts du sommier. L'on fera autant de ressorts de laiton qu'il y a de soupapes, lesquels sont faits et seront disposés comme l'on voit dans la pénultième (dernière) figure de la seconde Proposition, de sorte que l'un des bouts du ressort, qui est un peu courbé, porte sur le tiers de la longueur de la soupape et que l'autre soit arrêtée dans son trait de scie de la tringle du dessus des soupapes. Ensuite il faut mettre un ais (planche)
au derrière des soupapes, de la longueur du sommier, qui prenne
depuis le sommier jusqu'au fond et qui soit de deux tiers de pouce. Il
s'applique à la feuillure, ou autrement, mais il faut le garnir
de cuir tout à l'entour avec des bandes de cuir afin qu'il soit
bien étanche et que le vent ne puisse sortir. Quant au trou auquel le porte vent aboutit, on le fait ordinairement à l'ais de derrière et on lui donne deux pieds et demi de long et trois pouces de hauteur. Il faut encore percer le fond d'autant de trous qu'il y a de soupapes, en vis à vis de celles-ci, afin qu'après avoir fait passé autant de fils de laiton par ces trous et les ayant accrochés au devant de chaque soupape par autant de petits anneaux, boucles ou agrafes que l'on y clouera, on les puisse faire ouvrir à volonté. De peur que le vent échappe par tous ces petits trous, on fait autant de petits cônes, ou pochettes de cuir (les boursettes), dont les extrémités sont bien collées. Après avoir collé le large desdits cônes sur chaque trou, on fait passer chaque fil de laiton au travers et, l'ayant accroché à chaque soupape, on étreint toutes lesdites pochettes par le haut de leur cône contre le fer de laiton avec un gros fil dont on les lie si fort que le vent ne peut sortir. Après tout ceci, on recouvre le derrière des rainures d'un cuir que l'on collera dessus en appliquant de petites règles de bois dans des feuillures faites le long de chaque tringle de la rainure, comme nous avons dit dans la trente-septième Proposition. Voyons maintenant les chapes et les registres, et l'ordre qu'il faut tenir pour y placer les jeux. Il faut remarquer que cet ordre doit être dressé avant que
d'appliquer les rainures, d'autant qu'on ne peut percer les trous que
le dessein ne soit pris. C'est pourquoi je parlerai encore un peu du sommier. Il faut que tous les jeux d'un Orgue de cette grandeur ait ses tuyaux
disposés de cette manière afin qu'ils soient aisés
à accorder. Ce qui a été dit des Orgues de quatre
pieds peut s'appliquer aux plus grands de seize pieds, dont les chapes
auront la largeur que voudra le Facteur. Il faut remarquer qu'elles ne
s'élargissent pas en même proportion que la longueur du sommier
qui sert pour mettre beaucoup de tuyaux sur un même rang. Lorsque
deux tuyaux ne peuvent compatir ensemble sur les chapes disposées
comme nous avons dit, il faut en placer un dans un lieu qui n'incommode
point les autres (posté) et le mettre
sur un petit morceau de bois carré et épais dans lequel
il faut faire un trou pour appliquer le pied du tuyau dessus et un autre
trou à côté qui aille rencontrer le premier afin de
porter le vent au tuyau au moyen d'un porte-vent de plomb qui vient depuis
le trou de la chape qui aurait dû porter ledit tuyau. Les tuyaux
de la Montre prennent leur vent de cette manière, c'est à
dire par poste, et ne se mettent pas ordinairement sur le grand sommier,
comme les autres. C'est pourquoi on fait un petit tiroir sous chaque pied
des gros tuyaux, en manière de registre. Quant aux changements des jeux de l'Orgue qui se fait par le moyen de
certains bâtons qu'on lie près du clavier, l'invention en
est fort subtile. Elle consiste en de petites règles de bois épaisses
d'un quart ou d'un tiers de pouce, qui se tirent d'un côté
et d'autre entre les chapes et le sommier en façon de layettes.
On les appelle ordinairement registres traînants, tels qu'on
les voit dans la seconde et dernière figure de la seconde Proposition. Les registres doivent tellement remplir les intervalles de ces tringles qu'ils glissent aisément entre deux en les tirant d'un côté et d'autre. Ils doivent être partout de même épaisseur que lesdites tringles. Puis, les ayant arrêtés à leur place avec des pointes de fer sur la table du sommier afin qu'ils ne remuent nullement, et ayant posé les chapes par dessus, il faut les percer tous ensemble par tous les trous de la table (par dessous), comme s'ils ne faisaient qu'un même ais, afin que ces trous se rencontrent justement vis à vis les uns des autres pour donner une libre issue au vent lorsqu'on ouvre les jeux. Ceci étant fait, on ôte les chapes afin d'accommoder tellement
les registres qu'ils ne tiennent pas davantage qu'il est de besoin. Ce
que l'on exécute en prenant chaque registre l'un après l'autre
et en le mettant sur le sommier de sorte que ses trous soient vis à
vis des siens. Puis il faut tellement clouer une pointe de fer à
l'un des bouts qu'elle ne surpasse pas l'épaisseur du registre.
Après, l'on fait une fente ou mortaise dans le registre avec un
ciseau propre à cela, afin que le registre glisse dans la pointe
du clou et, qu'étant tiré d'un côté, tous les
trous soient ouverts, et qu'étant repoussé de la distance
qui est la moitié de celle d'un trou à l'autre, les trous
ne se trouvent plus vis à vis de ceux du sommier. Tout ceci étant fait assez exactement, il faut passer une broche de fer rouge (rougie) à travers chaque trou afin qu'il soit percé bien nettement sans qu'il y demeure aucune particule de bois, comme il arrive souvent aux perçages du vilebrequin. Et puis il faut arrêter les chapes par dessus les registres et les clouer sur les petites règles (faux-registres) ou les attacher avec des vis, ce qui est bien meilleur d'autant que par leur moyen on peut serrer ou lâcher les chapes tant qu'on veut jusqu'à ce que les registres se tirent aisément et qu'ils étanchent bien contre lesdites chapes. Le dessus des tringles doit être doublé de cuir, comme les registres, afin qu'en glissant elles se trouvent bord à bord et de même hauteur, et que les chapes portent également sur tous les deux. Je laisse une autre sorte de sommier, que l'on appelle à ressorts, et qui se voit encore dans quelques Orgues antiques, parce qu'il a beaucoup plus d'embarras et de difficultés que l'ordinaire qui est à registres traînants. Il est plus long à faire et d'un plus grand coût, joint à ce que c'est perdre du temps que d'user d'inventions difficiles alors que l'on en a de plus aisées et de plus utiles. Quant à la fabrique des tuyaux, j'ai parlé assez
amplement de leurs longueurs dans la 31e Proposition où je les
ai mis suivant l'ordre qu'ils doivent être placés. Pour ce
qui est de leur grosseur ou largeur, on l'accommode selon les différentes
églises où ils sont posés. Par exemple, si elles
sont sourdes, les tuyaux doivent être plus forts et, par conséquent,
plus gros. Si elles éclatent et résonnent en faisant un
bon écho, on peut les faire plus menus. La largeur de la bouche se prend sur la largeur desdits tuyaux. Ayant trouvé la largeur du premier tuyau propre pour le lieu où l'Orgue doit sonner, il est aisé de trouver la grosseur de tous les autres en divisant la largeur du premier en deux parties et de prendre la diagonale du carré fait de l'une desdites parties et qui donnera la largeur du tuyau qui fait l'octave en haut. La ligne tirée par les points de la largeur de ces deux tuyaux donnera la largeur de tous les autres. Il s'ensuivra que la largeur de ce second tuyau sera moyenne proportionnelle entre celle du premier et celle du troisième, qui fera la seconde octave en haut et qui aura la moitié de celle du premier. Par conséquent la largeur du second divisera la raison double des deux autres en deux raisons égales. La largeur du premier et du second, ou du second et du troisième, sera demi double. Mais, parce que ces grosseurs dépendent de l'expérience, du jugement et de la volonté du Facteur, il n'est pas à propos d'en parler davantage. J'en viens aux tuyaux à anches, que j'explique si clairement dans la neuf et dixième Proposition qu'il faut seulement remarquer que la vieille méthode dont on taillait autrefois les échalottes (les rigoles d'anches) n'est quasi plus en usage, parce qu'on les estampe dans des moules de fonte. Ce qui a été dit ensuite des Voix Humaines de huit pouces de long se pratique selon le volonté du Facteur qui les fait quelque fois de six ou de sept pouces et d'autres fois de huit, ce qui revient à la même chose pour leur ton. Lorsqu'elles ont huit pouces, on les fait plus grosses que celles de six ou sept pouces, de sorte que la longueur est corrigée et récompensée par la grosseur. Quant aux soufflets, aux Tremblants, à la manière de fondre le plomb et à toutes les autres choses qui concernent la fabrique des Orgues, j'en ai parlé ci-devant sans qu'il soit nécessaire de le répéter.
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